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La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux |
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Biographie |
Le destin n’attendra pas longtemps, le petit Pascal, à peine deux mois, dira adieu à son village natal. Il n’y reviendra plus jamais. Les effets de la guerre frappant à plein fouet les économies à travers le monde, le Congo-Belge n’est nullement épargné. La misère s’installe dans les campagnes et jette les populations sur les routes de l’exode rural. Des familles entières arrivent dans les grands centres, particulièrement Léopoldville. Dans la foulée, les parents de Tabu Pascal débarquent à Kinshasa, alors Léopoldville. Dans les années 40 et 50, Kintambo, Kalina et Kin-Malebo, au coeur de la capitale du Congo, baignent dans une ambiance folle d’une cité indigène en plein épanouissement. Les nuits sont chaudes, la population est hétérogène, démunie, certes, mais chaleureuse. C’est dans ce contexte que va grandir Pascal Sinamoy au milieu de ses petits compagnons d’enfance comme Dominique Sakombi Inongo, Mozagba Dugba, Bofosa Wambe’a Koso, Stéphane Kitutu O’Leontwa. A cette époque, trois grandes entreprises à chartre créées par la puissance colonisatrice dans le cadre du commerce triangulaire dominent l’économie congolais. Il s’agissait de la compagnie des chemins de fer Kalemie-Dilolo-Lubumbashi (KDL), de l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK) et de la Société des chemins de fer du Congo (Otraco) où travaillait M. Sinamoy, le père de Pascal Tabu, en qualité de batelier. Les Congolais qui travaillaient dans ces sociétés jouissaient d’un statut social bien valorisant par rapport à leurs compatriotes d’autres sociétés. Tabu Pascal évolue et est élevé par des parents assez aisés. Mais les absences longues et répétées du père gâchent l’atmosphère familiale. Papa Sinamoy passait des jours, parfois des mois sur le fleuve Congo. Entre-temps les oncles maternels (feu Gaston et Atel, qui résidaient sur rue Lac Moero, dans la commune de Kinshasa et, ensuite Gaeta Longin Osey) s’occupent tant bien que mal du neveu. A trois ans, le petit Pascal découvre l’école avec les autres jeunes gens du quartier. Il entre à l’école primaire Saint-Pierre, où il sera sélectionné parmi les jeunes chantres de l’église en 1950. A douze ans, il entre chez les pères de la Congrégation Scheut de la paroisse Sainte-Anne (Collège Elikya), la première école catholique de la ville de Kinshasa. C’est dans cette prestigieuse école que ses maîtres découvrent en lui une vocation de prêtrise. Avec M. Kangafu et le docteur Ebene, Pascal Tabu est retenu pour aller au petit séminaire de Bokoro, au Mai-Ndombe, dans la province de Bandundu. Au séminaire, le petit Pascal, pieux et fervent chrétien, est apprécié par ses professeurs. Malheureusement, sa vocation ne fera pas le poids devant les traditions. Fils unique de sa mère, la coutume veut que le jeune Pascal se marie. Pascal s’oppose. Mais sa famille exerce sur lui de fortes pressions. En fin de compte, Tabu Ley quitte le séminaire la mort dans l’âme. La cause est entendue. Sinamoy Pascal ne deviendra jamais prêtre. Une vocation s’en va, une autre arrive. La médecine intéresse Tabu Ley. Sa mère veut faire de lui un médecin. Il fera la connaissance de MM. Daudet, Nzeza et du docteur Tawab; Pascal passe six mois en gréco-latine avant de poursuivre des études en section commerciale à l’Institut Saint-Raphaël. Ses collègues l’affublent du sobriquet de « Rochereau », parce qu’au cours d’une leçon d’histoire, il est seul à donner le nom du compagnon de Napoléon. Il finit par s’en accommoder. La stérilité secondaire de la mère du petit Sinamoy Pascal alimente la discorde entre les parents. Rien n’empêchera plus le divorce. Les conseils des amis, les palabres n’arrangeront rien. Nous sommes en 1958, Pascal a 18 ans, quand le divorce est prononcé et il est pris en charge par ses oncles maternels. C’est pour cette raison qu’il leur vouera un culte particulier. A l’exemple de ses oncles, il élève ses neveux. Son père se remarie avec une autre femme avec laquelle il eut neuf enfants. A dix dans la famille, Tabu Ley chante de moins en moins sa solitude, bien que sa mère vive seule avec lui. Mais cependant, Tabu Ley, s’il cache sa position de fils unique, dissimule mal sa souffrance. Il les termine le 6 juin 1959 et est embauché à l’Education nationale. Il épouse Georgette Mowana alias Théthé. C’est une fille originaire du Bandundu mais native du Katanga, qui a fait ses études successivement à l’Athénée de Kalina (actuellement, Athénée de la Gombe) et à l’Institut Saint Julien à Auderghem-Bruxelles (Belgique), avant de contracter son mariage avec Tabu Pascal. De leur mariage, sont nés cinq enfants : Blackson Matthieu, Mireille-Esther, Colette, Gisèle et Isabelle. Alors qu’il pratiquait la musique comme amateur, il occupa - avec le regretté Makoko Mushieni, devenu par la suite journaliste à Télé-Zaïre - successivement les fonctions de secrétaire administratif au Fonds du bien-être indigène et, par la suite, à l’actuelle Fonction publique qui l’affecta dans l’enseignement provincial. De décembre 1959 au mois d’avril 1964, il assuma les fonctions de responsable administratif et financier à l’Athénée royal de Kalina (aujourd’hui Institut de la Gombe). Devenu musicien professionnel, il se retrouve, de mai 1964 à décembre 1965, coordinateur de planification des écoles laïques du Congo. D’octobre 1965 à décembre, il est responsable administratif et financier à l’Institut technique de Ndjili (Epom). SES DEBUTS DANS LA MUSIQUE Pascal Tabu s’est senti apte à tenir le micro à l’âge de 13 ans. Il avait un goût prononcé de la musique qui l’obligea à connaître les noms de plusieurs auteurs-compositeurs populaires. Il les imitait et se remémorait les paroles de leurs œuvres. Jhimmy l’Hawaïenne et Antoine Wendo l’ont fort impressionné dans sa jeunesse. En 1956, Roger Izeidi et Grand Kallé ne s’étant pas présentés à temps aux studios Esengo, Pascal Tabu eut l’occasion de réaliser son premier enregistrement au cours duquel il assista Kallé, connaissant parfaitement le répertoire de l’African Jazz. C’était l’enregistrement de la chanson « Miki Mikiero » de Nino Malapet. Rochereau fut un fanatique de Grand Kallé des années 51-52. Vers les années 56, il était déjà dans le bain, composant des chansons et apprenant entre-temps le solfège. Mais, il préféra les improvisations. Dans les années 57-59, il compose des chansons qu’il propose à l’African Jazz. Au début de 1959, il rencontre Kabasele, chez Cassien Bar, qu’il informe d’être l’auteur de plusieurs œuvres chantées dans son orchestre. Surpris, Kallé Jeff l’invite chez lui. C’est le début d’une grande amitié qui le conduira vers sa carrière musicale. Joseph Kabasele le recrute dans African Jazz. Il deviendra célèbre sous le nom de Rochereau, qui épate par sa délicieuse voix et par ses très belles compositions musicales. La sortie officielle de Rochereau devant le public intervient le samedi 6 juin 1959 au bar « Vis-à-Vis ». C’est le début d’une longue carrière entamée à l’ombre de Kallé Jeff. Ses premières œuvres sont « Kelya », « Adios Tété », « Bonbon sucré », qui laissent deviner l’ampleur d’un véritable talent. De 1958 à 1960, il est chanteur amateur dans l’African Jazz. Rappelons qu’au mois de janvier 1960, l’African Jazz se rend à la Table ronde de Bruxelles en prélude à l’indépendance du Congo, le groupe abandonne Rochereau et y amène Vicky Longomba qui évoluait pourtant dans l’OK Jazz. A la même période, Franco Luambo se retrouve à la prison centrale de Makala. A sa sortie, l’OK Jazz fait appel à Rochereau pour interpréter la chanson « Mobembo ya Franco na wele » à la place de Vicky Longomba parti avec l’African Jazz en Europe. Mais, à cause d’une dispute, il quitte l’African Jazz et devient membre effectif de l’orchestre Jazz Africain de novembre 1960 au 6 mars 1961. En avril 1961, Rochereau rentre dans l’African Jazz où Kallé, rentré de Bruxelles, se fait rare aux concerts, préférant la compagnie de ses amis politiciens Anicet Kashamura et Christophe Gbenye. Seules les recettes l’intéressent. Docteur Nico décide de se retirer de l’African Jazz et crée son orchestre, emportant son frère Déchaud Muamba, Tabu Rochereau, Willy Kuntima, Depuissant, Basky et Bejos. Cet ensemble lance les chansons « Kay Kay », « Ruffine Missive » et « Nazongi mboka » qui font fureur. En février 1962, après réconciliation de ses leaders, le groupe se rend en Belgique. Tabu Ley est du voyage. Parmi les titres enregistrés, ont repris ses deux premiers titres dans l’orchestre : « Kelya » et « Bonbon sucré ». ROCHEREAU DANS AFRICAN FIESTA En 1963, un incident banal est à la base de querelles stériles dont la conséquence malheureuse est la dislocation de l’African Jazz en deux branches concurrentes. Rochereau se retrouve dans l’aile « réformiste » African Fiesta Vita, créée le 13 juillet 1963. Il y compose de nombreuses chansons, dont « Rendez-vous chez là-bas », « Seli Kutu », « Suke », « Café Rio » « Sawa ayaka monzemba » et « Mukala ». Tubes qui marquent le début tonitruant d’un orchestre qui vient bouleverser la hiérarchie musicale à Kinshasa et à Brazzaville. En 1965, gêné aux entournures par la forte personnalité mais de toute discrétion du Docteur Nico, Rochereau prend ses distances. Roger Izeidi, qui séjourne aux Etats-Unis d’Amérique, est au bord de la crise des nerfs en apprenant que ses co-équipiers se sont séparés. Rentré à Kinshasa, il trouve Rochereau effondré. Il tente de le réconforter. Tous deux décident de monter l’African Fiesta Flash, au sein duquel Rochereau fait éclater ses immenses ressources d’auteur-compositeur et de chanteur hors pair. Le jeune frère de Izeidi, Faugus rentré du Cameroun, en fait partie. Il recrute le guitariste Guvano, un transfuge de l’orchestre Diamant Bleu. L’orcheste ainsi constitué se rend à Brazzaville pour un maquis au Nganda Diallo, derrière l’Etat-Major des Forces armées congolaises, au bord du fleuve Congo. Le nouveau répertoire comprend « Fiesta en avant », « Muana ya Ramazani » et « Nganda Diallo ». Ce sont les premiers titres mis sur le marché du disque. Le groupe se compose de : Chant : Rochereau, René Kasanda, Roger Izeidi, Sam Mangwana; Guitare : Vangu Guvano, Faugus Izeidi, Johnny Bokosa, Joseph Mwena; Saxo : Armando Grazy; Trompette : Jean-Pierre Nzenze, Willy Kuntima; Batterie : Fredos. La séparation de Nico Kasanda d’avec Rochereau Tabu accentue la vague des chansons-diatribes. Rochereau chante « Likala ya moto », Docteur Nico réplique avec « Toyebi nganga na bino ». Dans l’African Fiesta Flash, Rochereau compose, de 1964 à 1968, environ 195 chansons, parmi lesquelles « A la santé », « Amour fou », « Bana ya Lipopo », « Bel Abidjan », « Cadeco », « Caroline Mama », « Connaissance koyebana », « Dit Coco », « Djibebeke », « Errare », « Feli ya mama », « Garba », « Humanité », « Joséphine alekaki », « Jaloux-Jaloux », « Kasoule », « Laisse-toi aimer », « Lukina », « Mabusele », « Majolina », « Monano », « Peuple bo juger », « Savon Omo », « Sophie Elodie », « Kasala », etc. En 1967, l’African Fiesta National se rend à Montréal à l’occasion de l’exposition universelle. A son retour, il chante « Jolie Elie » alors que Sam Mangwana crée « Pangula ». Il recrute l’accompagnateur Michelino Mavatiku et, à la section cuivre, Sacky, Christophe, Vieux Gérard et Jean Biolo. Une année plus tard, Sam et Guvano quittent le groupe en 1968 pour monter le Festival des Maquisards. Rochereau recrute alors Seskain Molenga à la batterie, Denis Lokasa à l’accompagnement, Filo Nkola à la section cuivre, Zoe à la tumba, Diana et Paul Ndombe au chant. ROCHEREAU A L’OLYMPIA DE PARIS En 1969, Rocherea Tabu Ley recrute les danseurs Pascal et Dilins Kinsekwa, et forme un groupe de danseuses appelées « les Rocherettes » : Marietou, Saidi, Annie et Angélique. Elles font partie de la délégation qui se produit à l’Olympia, en 1970. Objet d’un hommage mérité, Rochereau Tabu Ley est l’un des porte-étendards de la chanson africaine qui a su redresser la courbe au moment où l’art musical congolais allait à vau-l’eau. Début 1970, Tabu Ley, mécène et parrain de jeunes orchestres, aide matériellement et moralement le nouveau groupe musical Zaïko Langa Langa, à l’occasion de son concert test à la Funa, chez Rodall Dambana et lors de sa sortie officielle en mars 1970 chez Hawaii Bar, à Bongolo. C’est aussi l’une des plus grandes années musicales de Rochereau avec une reconnaissance mondiale à l’Olympia. A la tête de l’African Fiesta National, Rochereau devenu Seigneur se produit à l’Olympia de Paris dans une série de deux concerts par jour et durant sept jours! Le groupe se compose de Rochereau, René Kasanda dit Karé, Pépé Ndombe et Ennessy Malao (chant); Michelino Mavatiku, Faugus Izeidi, Athel Bumba, Tierry Mantuika et Kongolia (guitare solo); Philo Nkola (basse) ; Mwena (accompagnement) ; Deyesse Empompo et Sacky (saxo); Biolo et Willy Kuntima (trompette); Seskain Molenga et Bakoyene (batterie); deux danseurs (Pascal et Dilins) et quatre danseuses (Marietou, Annie, Angélique et Saidi). Maleueurusement, l’Olympia n’a pas, pour Rochereau, les retombées souhaitées. Le groupe est rappelé au pays d’urgence pour une sombre affaire de comptabilité opaque (hôtels impayés, cachets des artistes non payés, etc.). L’avion présidentiel, dépêché à Paris, ramène toute l’équipe à Kinshasa sauf Thierry Mantuika, qui s’est éclipsé. A son retour à Kinshasa, après l’Olympia de Paris, il entreprend une tournée à travers les provinces du pays. Le voyage est interrompu, ils doivent rejoindre le président Mobutu à Dakar au Sénégal. Au cours de ce périple, l’orchestre débouche sur un nouveau rythme et une nouvelle orchestration. Le nouveau rythme est baptisé « Soum Joum », par allusion à un marché de la capitale sénégalaise. African Fiesta national devient Afrisa. Quatre disques immortalisent l’épisode de Soum Joum : « Mundi », « Silikani », « Sélija » de Rochreau et « Samba » de Pépé Ndombe. Nguango Jean, impressario de l’Afrisa est affublé du surnom de Selija en raison du succès de cette chanson dédiée en réalité, à une certaine Jeanne. Afrisa qui se refait une santé de fer reçoit le renfort de Bopol Mansiamina. « Omanga » de Tabu Ley et « Makfé » de Michelino Mavatiku sont largués sur le marché du disque.Pendant cette période, Faugus quitte l’orchestre. Il monte l’orchestre Fiesta National. Une semaine avant la sortie officielle, Maître Taureau Bateko débauche tous les musiciens. Il crée avec eux l’orchestre Continental. Seskain Molenga, Philo Nkola et Denis Lokasa rejoignent l’orchestre Nella. Tabu Ley appelle Ye Bondo Bovick ainsi que Bopol Mansiamina. Ce dernier joue la guitare accoustique dans « Mongali ». Mongali, passé dans le langage courant désigne les jeunes gens qui acceptent de servir contre quelques avantages matériels auprès des femmes mariés infidèles. En 1973, Michelino monte l’orchestre Makfé. Deux années après il intègre l’O.K Jazz. Tabu Ley fait appel à Dizzy Mandjeku pour combler le vide de Mavatiku, qui vient au même moment que Diana et Sam Mangwana qui enregistre « Mosekonzo ». Fin 1974, début 1975 Tabu Ley lance la chanson « Karibu ya Bintou ». Il fait une entrée triomphante dans le marché du disque. Cette chanson est dédiée à la danseuse Bintou de l’Afrisa, morte en 1973. En 1976, Bopol quitte l’Afrisa. Tabu Ley recrute Dino Vangu. FESTAC’ 77 DE LAGOS Lors des préparatifs du Festival des Arts et de la Culture Nègre de Lagos, qui s’est tenu à la cité d’Ikeja, dite Festac’ 77. L’orchestre national du Zaïre, l’Onaza est crée par le ministère de la culture et des arts. Il comprend deux ailes, l’aile Franco Luambo et l’aile Tabu Ley. Ce dernier a eu la responsabilité d’organiser le spectacle avec la charge de s’occuper personnellement des répétitions des jeunes de Zaïko Langa Langa avec Pépé Fely Manuaku, Likinga Mangenza Redo et Jossart Nyoka Longo Mvula ; Yoka Lokole avec Mbuta Mashakado et Abeti Masikini. L’aile se compose de : Abeti, Tabu Ley, Enessy Malao, Mimi Ley, Diasi Kadi, Mbuta Mashakado, Nyoka Longo et Likinga Redo ; à la guitare solo : Dizzy Mandjeku, Pépé Fely Manuaku et Dino Vangu ; à l’accompagnement : Denis Lokasa ; à la basse : Philo Nkola et Bovick Ye Bondo ; au saxo : Mekanisi Modero ; à la batterie : Seskain Molenga et Ringo Moya et quatre danseuses : Huguette, Muana Shaba et les sœurs Yondo Kusala et Nyota. L’année 1977 fut une aussi meilleure avec des œuvres de qualité comme « Adeito » et « Ekeseni ». L’Afrisa a bénéficié des voyages enrichissants et fructueux et d’une production phonographique qui fut l’unanimité autour d’elle cette année. L’intégration de Papa Wemba au sein de l’Afrisa International, les tournées européennes en France, en Belgique et en Allemagne, puis africaines à Abidjan, Bouake, Gagnoa, Lomé, Cotonou et Bamako. En 1978, avait dominé de bout en bout l’année musicale. Sa politique était de profiter du maximum de ses éléments. Il réunissait ses fanatiques deux fois par semaine, dans les soirées qu’il baptisa « jeudi K » et « samedi Ley » dans son sanctuaire le centre culturel Type K, un dancing-bar où Afrisa International livre ses concerts. Au cours de cette année, il sortit une dizaine d’œuvres dont : « Sukaina », «Ponce Pilate », « Sorozo », « Nakoka », « Mela », « Zando ya », « Dabanani », « Balingaka ngai », « Kiyedi » et « Ibrahim ». Sur le plan discographique, il avait mis à profit un système promotionnel ingénieux, avec sa propre marque d’édition Isa, qui publiait les œuvres de l’orchestre, mais leur distribution était confiée à d’autres éditions de Kinshasa et de Brazzaville. L’année 78 a vu la consécration de l’Afrisa International de Tabu Ley et de la meilleure chanson « Kiyedi » de son guitariste soliste Dino Vangu. En 1979, en dehors des éditions Isa, il crée les éditions Génidia, qui s’occupe des activités extérieures de l’Afrisa. La maison de production Disco Stock installée à Abidjan en Côte d’Ivoire supervise ses ventes à l’étranger. Il permet à de jeunes chanteurs de faire carrière à côté de lui qui étrenne leurs premiers lauriers dans son groupe. On passe dans l’œuvre de Rochereau par toutes sortes de registre, du pamphlet « Kashama Nkoy », dont la rumeur insinuait qu’il s’agissait d’une attaque en règle contre le Président Mobutu, au couplet moralisateur « Moto akokana Nzambe akosukisa » (l’homme propose Dieu dispose). Il incorpore Papa Wemba dans son groupe. Ce dernier y sortira deux titres « Lèvres roses » et « Ngambo moko ». Cette opération est présentée comme la rencontre de deux générations. En 1980, Kiese Diambu, un ancien des Grands Maquisards fait son entrée dans l’Afrisa International. Tabu Ley l’associe dans la réalisation des chansons « Mbote ya kimvuanga » (Memokin) et « Ntuabuanga » et il signe sa première oeuvre dans Afrisa. Il s’agit de la chanson « Pesa mbanda na ngai mbote mbala misato », qui fut un grand succès. En 1981, bien qu’il travaillait avec les jeunes, il compatit au sort de ses vieux copains et recrute massivement de grandes personnalités de la musique congolaise. Notamment : André Kambite dit Damoiseau, Jeannot Bombenga W’Ewando, Docteur Nico Kasanda Wa Mikalay, Jean Kwami Munsi, Mpanga Brazzos, etc. En 1982, il recrute Marie-Claire Mboyo dit Mbilia Bel. Une excellente chanteuse et un génie en matière d’interprétation. Deux ans plus tard, Tabu Ley conduit son groupe aux Etats-Unis d’Amérique pour une tournée de trois mois. En 1988, une situation d’incompréhension pousse Mbilia Bel à quitter l’Afrisa et Tabu Ley. L’artiste-musicien bien aimé par le public, est détesté par le même public. On parle d’une sittuation de non-respect de la parole donnée. On oublie qu’avant son entrée dans l’Afrisa, Mbilia Bel ne vivait pas mieux qu’avec Tabu Ley, qui l’a élevée, l’a rendue célèbre, riche et plus connue. Il l’a tiré dans l’anonymat pour lui donner une dimension nationale et internationale. C’est pour dire, quand on veut noyer son chien, on l’accuse de rage. Il largue un titre satirique, après sa déconvenue amoureuse et professionnelle avec Mbilia Bel, requiem pour une séparation. Il s’agit de la chanson « Ebouroumounkwe », qu’il enregistre avec Beyou Ciel. On a cru que cette séparation avait sonné le glas à la carrière de ce grand Artiste. Il n'en été nullement. TOURNEE EURO-AMERICAINE ET L’EXIL En 1989, l’Afrisa au grand complet conduit par l’administrateur Losikiya Maneno se rend en Europe. Au chant il y a : Tabu Ley, Lukombo Djeffar, Pompon Kuleta, Dodo Munoko, Faya Tess et Beyou Ciel. Guitares : Huit Kilos, Shaba Kahamba et Dave Makondele. Section cuivre : Mekanisi Modero, Kaber et Tumba ; Mando à la batterie ; Danseuses : Yondo Kusala, Isa La Fleur d’Afrique Longombolo, Onya, Sonya et Carole. En 1990, il s’installe définitivement avec son orchestre en France. Il revisite son répertoire des années 70 dans un nouvel album. Deux ans plus tard, il compose « Exil’Ley ». Un pamphlet contre le régime Mobutu. En 1992, il sort un album live à l’occasion des trente trois ans de sa carrière musicale. Il effectue une grande tournée aux Etats-Unis d’Amérique avec ses musiciens en 1994. Il y rencontre les dirigeants du groupe salsa Africando. Ils enregistrent un album dénommé « Gombo Salsa » dans lequel il intervient avec son hit sorti en 1965 « Paquita ». Grâce à cette oeuvre chantée en espagnol, le groupe Africando reçoit un disque d’or en Amérique en 1996. La même année, Tabu Ley sort l’album « Africa World Wide » pour le 37ème anniversaire de sa carrière musicale. Cet album de huit titres est enregistré à Los Angeles aux Etats-Unis d’Amérique, aux éditions Rounder Records, et distribué par Night and Day. Rentré au pays en 1998, Tabu Ley le chantre de l’expression populaire, qui s’implique activement dans la politique nationale, décide de faire la politique de l’art en proposant au gouvernement la création d’une nouvelle structure la « Chambre Congolaise de Culture et des Arts », la Ccca, qui s’occupera des conditions sociales et matériels des musiciens. RETOUR D’EXIL En 1999, Tabu Ley, le monstre sacré de la musique africaine, annonce son jubilé dénommé « Jubil’Ley »pour le mois de novembre 2000. Il prépare sa tournée mondiale de fin de carrière pour remercier son public et annonce la composition d’une équipe des danseuses « les Love Ley », qui l’accompagnera. Une retraite matinale et méritée, mais non souhaitée par son public. Malgré les préparatifs, le public le contraint à renouer avec la scène. Ce qui fut fait le 8 avril 2001 au Grand Hôtel Kinshasa. En 2003, il lance l’album « Tempelo ». La semaine prochaine, la Société Congolaise de Production du général Norbert Dabira à Brazzaville, lance cinq Cd et Dvd contenant 88 succès de Tabu Ley des années 1959 en 1988 . Depuis le 15 novembre 2005, Sinamoyi Tabu Ley Pascal-Emmanuel dit Rochereau est nommé Vice-Gouverneur de la ville Kinshasa, chargé des questions politiques et administratives. Poste qu'il gardera jusqu'au 23 janvier 2007. De notoriété publique, il est connu comme musicien. Tabu Ley est secrétaire - comptable sorti de l’Ecole Moyenne Saint Raphaël (Ecomoraph). Dans les années 50, avant l’accession du pays à la souveraineté internationale et au début des années 60, il a travaillé à la Fonction Publique. Pendant qu’il était musicien, il dirigeait ses sociétés, notamment son usine de transformation de papier (la SPIN), ses éditions Génidia et Isa et sa Division Agro-industrielle (Agri-Ley). LE PALMARES LE PLUS ELOGIEUX EN RDC Pascal Sinamoy est un des monuments de la musique congolaise moderne devenu un patrimoine culturel. Il est le seul artiste-musicien en activité à avoir frolé de 50 ans de carrière musicale et à avoir introduit des danseuses ( appelées Rocherettes) au sein de son orchestre, African Fiesta National. Il est, egalement, le précurseur de la batterie dans la musique congolaise. Dans les années 70, Tabu Ley a ouvert les portes du music hall Olympia de Bruno Coquatrix (Paris) aux artistes-musiciens en s’y produisant avec son orchestre durant onze concerts à l’affilée, après avoir épaté l’assistance en majorité française. Tabu Ley est l’élève model de l’école African Jazz créée par le célébrissime Joseph Kabasele alias Kallé Jeff, et le seul à avoir maintenu sa forme et sa force depuis juin 1959. Tout au long de sa carrière, il a travaillé, formé et développé de jeunes musiciens, chanteurs et instrumentistes qu’il a rendus célèbres. En sont l’illustration, Sam Mangwana, Atel Bumba, Denis Lokasa, Michelino Mavatiku, Jean-Paul Vangu Guvano et Pépé Ndombe Opetum. Tabu Ley est un homme sûr de lui, toujours prêt à se battre pour conserver ses marques. Le palmarès des meilleurs artistes-musiciens congolais de 1960 à 2009 démontre que Tabu Ley est et reste le champion des champions depuis la sortie de son œuvre « Kelya » en 1959. Aujourd’hui, la musique congolaise frôle la côte d’alerte. Nombre de critiques qui suivent son évolution ne cessent de l’affirmer. Même l’homme miracle de la musique congolaise Tabu Ley le dit. Ce dernier dénonce le bruitage, les mabanga et les bêtises que profère l’actuelle génération d’artistes-musiciens congolais, pour que cette musique reprenne sa place d’antan. VAGABONDAGE SEXUEL L’adolescent calme entre en contraste avec l’âge adulte, plus riche en événements. D’abord fonctionnaire puis musicien... entre les deux professions, c’est le côté volage de sa vie conjugale qui le singularise. Du moins jusqu’à présent, Rochereau a épousé ou vécu maritalement avec trente-trois femmes, dont vingt-quatre Congolaises et une de chacun des pays suivants Congo-Brazzaville, Rwanda, Angola et Afrique du Sud. Parmi ses épouses, on compte aussi ses musciennes et danseuses. De ses trente-trois femmes, Tabu Ley a eu quarante neuf enfants. Mowana Mbuku Thérèse, dit Mère Tété (ou Adios Tété), sa regrettée épouse légitime lui en a donné neuf Mireille Mokono « Mundi », sept, M’Bilia Bel, une de ses musiciennes, une fille et... Onya, une de ses danseuses, un garçon. Véritable papa poule, Tabu Ley s’occupe de tous ses rejetons et les entoure d’une sollicitude paternelle sans faille. La plupart de ses enfants - encore en âge de scolarité - poursuivent leurs études dans différents pays aux frais de leur géniteur; d’autres sont soit mariés - surtout les filles - ou se trouvent sous la charge de leurs mamans. Mathieu Tabu, paix à son âme, l’aîné de ses enfants, issu d’une première union de sa jeunesse en 1959 (la mère de cet enfant résidait dans la commune de Matete, au quartier Mongo) est mort et enterré à Bobigny (France). Sa dernière femme connue à Paris, avec laquelle il s’était marié officiellement, c’est la Franco-Centrafricaine Irène Banya qui le traquait pour cause d’abandon. Tabu Ley lui aurait préféré Nadine, morte en juillet 2003, à Kinshasa. Le vedettariat - et non une volonté délibérée - est à la base de cette situation familiale. Pour Tabu Ley, ce drame, s’il en est un, est dû aux femmes elles-mêmes. La faute leur incombe. Car lui-même ne se reconnaît pas fin dragueur. D’ailleurs, au cours d’une de ses nombreuses conversations sur de sa vie, il m’a dit: « J’avais entre 18 ou 20 ans quand toutes ces femmes me couraient après. Tel fut le cas de la maman de ma fille Néné Tabu, la nommée Lelo. Je l’ai connue dans la ville de Moanda, dans la région du Bas-Congo, après un spectacle de mon orchestre. Elle était toute petite. Alors que je me trouvais dans la salle en train de me produire, elle s’est glissée - je ne sais comment - dans ma chambre d’hôtel. A la question de savoir comment elle a pu pénétrer jusque dans ma chambre à coucher, au lieu d’une réponse, elle s’est mise à pleurnicher et m’a lancé: « Si tu ne me prends pas dans tes bras, je me suiciderai car je te cherche depuis longtemps ». A la vue de cette mulâtre cabindaise, je n’avais pas résisté à l’envie de la découvrir... et la petite Néné naquit neuf mois après ». Pourtant, avoue-t-il, il était timide dan son quartier. « Je ne parvenais pas à draguer les filles. C’est seulement quand j’ai abandonnée la bureaucratie pour me consacrer à la musique que les femmes commencèrent à me courir après ». Le donjuanisme de la vedette n’ira pas sans conséquences. Tabu Ley en parle lui-même : « J’ai même connu des difficultés avec certaines épouses, qui se présentaient à moi comme des célibataires. Tout ça c’est la rançon du vedettariat ». ET LE CHOIX ?... « Mon choix se porte souvent sur une femme dotée d’une bonne constitution physique: un bon corps, des jambes élancées, laides ou pas, le reste c’est mon affaire ». Une autre victime de ses conquêtes: Mireille Mokono, que Rochereau aime malgré ses escapades. Elle est la seule à qui Rochereau pardonne toutes ses bêtises. Elle va, elle revient, elle a toujours sa place dans le coeur de l’artiste. IL AIME EMBELLIR LES FEMMES Oui, Rochereau a eu à embellir les femmes qu’il rendait célèbres après. Tel est le cas de « mère Tété, père médecin, Marie-Thérèse Yoka, l’une des premières danseuses de son Olympia de Bruno Coquatrix, père ancien gouverneur du Shaba, Mbelenga (cousine du défunt maréchal Mobutu Sese Seko), Eboma, Nadine, toutes décédées, Eulalie, Melanie Assemekang (fille de l’ancien procureur général de la République du Congo-Brazzaville), Mundi Mireille, une ex-Miss Congo, Mbilia Bel, Faya Tess, Irène Banya. C’est un drame pour les stars ou tous ceux qui ont une vie publique des stars. Les femmes leur courent après, elles cherchent toujours à avoir un enfant d’eux, alors qu’ils n’ont pas toujours le temps ni les moyens de s’occuper de leurs rejetons. Si les femmes courent après Tabu Ley, l’artiste aussi ne manque pas l’occasion de leur rendre la pareille. Pour la conquête de certaines femmes, Tabu Ley a recouru à certains hommes de main comme Fely ya mama et un certain Mukala. D’ailleurs, il le dit lui-même: « Celui qui me trouvait la plupart de ces femmes, c’était Mukala à qui j’ai même dédié une chanson devenue célèbre : « Mukala ». Dans cette chanson, je disais littéralement à toutes ces femmes qui me couraient après qu’elles n’avaient qu’à s’adresser à Mukala, lequel avait toutes mes coordonnées : « Makambo nyonso yebisa Mukala…Ye azali na ba photos ya elongi na ngai…Soki mpe souvenir, photo to adresse…Ye akopesa yo mpo te ayebi ngai… » Sources: Digital Congo, Le Potentiel. |
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Revised: November 22, 2009